Non-Hypnotized Man as a Camera, ou plus simplement Camera, est un album sur le regard : celui que l’on porte sur le monde, la mémoire, les autres et soi-même.
Au fil de sept chansons, Adam Howard revient sans cesse au vocabulaire de la photographie et de l’image. Un objectif peut cadrer quelque chose, mais aussi l’exclure. Une photographie peut conserver un instant tout en le déformant. On peut rembobiner, développer et examiner une pellicule ; l’image finale ne ressemble pourtant pas toujours à celle que le photographe imaginait en appuyant sur le déclencheur.
Cette tension traverse tout l’album. Dans « Soak it in Fixer », l’appareil photo devient la métaphore d’une tentative de saisir l’expérience sans la modifier. « The Bobbin » reprend cette idée sous la forme d’un fil sans cesse enroulé, effiloché, défait puis retissé. Dans « I Have Never Seen Volcanoes », des images empruntées à Emily Dickinson deviennent une vision de catastrophe écologique, tandis que « The Myth of Sisyphus » place la répétition au cœur d’une réflexion sur la foi, le sens et la liberté humaine.
Les chansons passent librement de l’intime au mythologique. Des visions bibliques côtoient photographies et détails domestiques ; les récits anciens permettent de parler du présent ; le monde ordinaire s’ouvre régulièrement sur quelque chose d’étrange.
Enregistré et produit par Howard et Ben Lanz — qui a notamment travaillé avec The National, Sufjan Stevens et Beirut —, l’album enrichit l’écriture folk de Howard d’arrangements pour un ensemble de musiciens. Kate Stables, de This Is the Kit, apporte des chœurs, aux côtés de la pedal steel de Stew Crookes, du violon d’Abby Tsype, et de la trompette et du bugle de Kyle Resnick.
Il en résulte un disque à la fois intime et ample : une musique folk qui ne se contente pas de raconter des histoires, mais interroge la façon dont elles deviennent des images, dont les images deviennent des souvenirs, et la part de ce que nous voyons que crée celui ou celle qui regarde.